





La production de l’Alpine A110 a pris fin en milieu d’année dans l’usine historique de Dieppe, en Normandie. Une belle page d’histoire automobile est tournée, mais – pas d’inquiétude – il y aura une suite. Présentée en 2017 au Salon de l’automobile de Genève, l’A110 des temps modernes avait redonnée vie à un modèle légendaire des années 1960 et 1970, mais aussi à la marque elle-même. Et avec quel succès! Peut-être pas en termes de quantité, mais certainement de qualité. Au fil des ans, Alpine a produit 28 701 exemplaires de cette voiture de sport rétro vendue essentiellement en Europe. En son temps, seules 7000 unités de la légendaire A110 avaient été écoulées. Les biplaces sportives sont en effet des produits de niche, mais leur rayonnement dépasse le cadre de la voiture elle-même. La marque en a tiré parti pour lancer deux autres modèles, la bombinette A290 et le crossover fastback A390. Ils sont tous deux 100% électriques, à l’instar de la future A110 sur laquelle nous allons revenir à la fin de cet article.
Le mot d’ordre ayant présidé à la construction de l’A110 est simple et a été largement commenté: la légèreté. Alpine annonce une masse à vide de 1108 kg pour la version GTS. La structure porteuse composée à 95% d’aluminium, pour une voiture de 4,18 m de long et 1,25 m de haut, a permis d’atteindre ce poids plume (selon les critères actuels). Côté moteur également, Alpine a fait preuve de retenue en optant pour un quatre-cylindres turbo de 1,8 l issu des étagères du groupe. Ce moteur développe 252 ou 300 ch, voire 345 ch en version R Ultime. Mais le charme de l’A110 n’est pas dû qu’à ses performances. Ce qui est intéressant, quand on a l’occasion de la conduire pendant quelques jours, c’est que cette légèreté finit rapidement par paraître normale. Il en va de même de la hauteur d’assise. Monter à bord et mettre pied à terre est moins pénible qu’on pourrait le craindre, notamment grâce à la large ouverture des portières.
La mission première d’un coupé sport est de procurer du plaisir de conduite, et le résultat est là. Nous avons testé l’A110 en bleu Alpine, la couleur la plus plébiscitée par la clientèle. Associée à la petite taille de la voiture, cette teinte lui vaut la sympathie et l’admiration de nombreux observateurs, bien au-delà des connaisseurs. Dépourvu de l’agressivité visuelle et des inconvénients des grosses voitures de sport, ce coupé court et pas trop large (1,78 m) s’intègre parfaitement au réseau de routes secondaires (souvent intéressantes) et génère moins de stress lorsqu’il faut croiser d’autres véhicules.
Le plaisir de conduite procuré par l’A110 se vit à plusieurs niveaux. Non pas à la manière d’une voiture de sport brutale, mais avec la souplesse d’une danseuse étoile. La suspension et les barres anti-roulis sont plus fermes que sur le modèle de base et l’ancienne GT, mais sans excès. Et les ingénieurs ont accordé au châssis en aluminium une certaine tolérance en torsion. Cela signifie qu’il s’adapte bien aux mauvaises chaussées (sauf à vitesse réduite en agglomération) et que l’A110 GTS autorise également un roulis finement équilibré.
Cette réactivité est particulièrement savoureuse dans les enchaînements de virages. Là où les voitures plus hautes résistent encore aux forces centrifuges en sortie de virages et s’enfoncent dans leurs suspensions, l’Alpine s’engage avec agilité et souplesse dans le virage suivant. L’adhérence du train avant inspire une confiance absolue et le retour d’informations provient à parts égales des sensations au niveau des fesses et d’une direction peut-être un chouïa trop douce. Soit dit en passant, les sièges sport réglables de l’ancienne GT et de la GTS qui a suivi ont fait place, sur les A110 S et R, à des baquets fixes assurant un maintien latéral renforcé et une sensation encore plus authentique.
La propulsion aux roues arrière et le moteur placé en position centrale – répartition des masses avant/arrière de 44/56% – sont à l’origine d’un comportement routier allant de neutre à survireur. Le sympathique moteur turbo de 1,8 l ne génère pas une débauche de puissance, mais il a deux facettes. Poli et prévenant au quotidien, il peut se contenter de 6,5 l/100 km en moyenne (WLTP: 7 l) en déployant sa puissance en douceur jusqu’à un bon 3000 tr/min. A bas régime, c’est le bruit d’aspiration provenant du système d’admission qui assure le divertissement acoustique. Mais il suffit d’appuyer sur le bouton orange du volant pour que l’ambiance change du tout au tout. La boîte automatique à double embrayage maintient alors le régime et la pression du turbo à un niveau élevé pour produire une accélération fulgurante. A titre indicatif, 4,2 s devraient suffire pour accélérer de 0 à 100 km/h. Les voitures légères n’ont pas besoin de 1000 ch pour réaliser des sprints endiablés. En mode Sport, au moment de rétrograder, des détonations de ratés d’allumage viennent pimenter l’action. Les changements de vitesse s’effectuent automatiquement ou au moyen de palettes larges, mais ne tournant pas avec le volant. L’A110 n’a pas eu droit à une boîte de vitesses manuelle.
Au-delà de ses qualités dynamiques, l’Alpine A110 GTS est très agréable au quotidien. A condition de ne pas vouloir transporter grand-chose. Un passager, une petite valise à l’arrière, un sac plat à l’avant et le tour est joué. Mais il n’en faut pas plus pour passer un week-end agréable. Les espaces de rangement dans l’habitacle sont rares également. Une bouteille peut tout de même trouver place entre les sièges, très en arrière, pour permettre au conducteur de s’hydrater. On relèvera la bonne qualité des matériaux et de la finition (à l’exception d’une console centrale un peu bancale), même si tout n’est pas d’origine Alpine, loin s’en faut. Mais en renonçant aux solutions trop coûteuses, le constructeur a pu maintenir les prix à un niveau acceptable. Il fallait compter un peu plus de 70 000 francs pour la version de base, et 85 000 francs en chiffre rond pour la GTS. Le client ne peut plus configurer des voitures neuves, il faut se renseigner sur les stocks disponibles. Une soixantaine d’A110 sont proposées à la vente sur Autoscout, aucune à petit prix, et encore moins les modèles de collection.
Alpine a mis un terme à la production de l’A110 fin juin 2026. La page du coupé sport à moteur thermique est ainsi tournée, mais l’A110 n’est pas au bout de son histoire. La succession est en développement depuis belle lurette. Le prototype de la nouvelle A110, dont le nom provisoire est «Future», a été dévoilé lors du dernier Festival of Speed de Goodwood. Sa silhouette s’inspire du modèle bien connu: profil très similaire, face avant remodelée et disparition des petits volets de vitres latérales. Cette voiture de sport renaîtra pour la seconde fois sous la forme d’une version tout électrique. Elle reposera sur une nouvelle plateforme dotée d’une batterie de traction divisée, afin de conserver une silhouette et une position d’assise basses, comme jusqu’ici. On part du principe que la batterie sera de capacité plutôt modeste, au bénéfice de la légèreté. En contrepartie, l’architecture 800 V favorisera une recharge rapide et des temps d’arrêt courts. Comme sur le crossover électrique A390, Alpine a recours à trois moteurs électriques, dont deux entraînent les roues arrière de manière sélective. On peut imaginer que l’A110 électrique sera encore plus agile que la version thermique, sachant qu’il n’y a pas de changements de vitesse ni de temps de réponse du turbo à surmonter. Alpine n’a pas encore fait savoir quand l’A110 de 3e génération sera disponible à la vente ou pour des essais.
Texte et photos: Daniel Riesen, màd
Données techniques
Alpine A110 GTS
L x l x H : 4,62 x 1,89 x 1,25 m, châssis en aluminium, poids à vide : 1 109 à 1 145 kg.
Motorisation : moteur turbo quatre cylindres de 1,8 L, 221 kW (300 ch) à 6 300 tr/min, 340 Nm à 2 400-6 000 tr/min. Boîte DKG à 7 rapports. Propulsion arrière..
De 0 à 100 km/h : 4,2 s ;
vitesse maximale de 260 km/h.
Consommation WLTP : 7,1 à 6,8 l / 100 km.
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