





En Suisse, le nombre de voitures électriques en circulation augmente d’environ 50 000 unités par an depuis 2020. Elles devraient représenter plus de 10 % du parc automobile à la fin de 2026. Les voitures électriques sont considérées comme confortables, performantes, sûres et respectueuses de l’environnement.
Mais que se passe-t-il lorsqu’elles prennent feu ? Dans quelles circonstances un incendie peut-il se déclarer et comment se propage-t-il ? Est-il possible de le maîtriser ou de l’éteindre ? Les pompiers ont-ils besoin d’équipements ou de formations supplémentaires ? Et que devient le véhicule après leur intervention ? Pour répondre à ces questions, TCS Test & Technik a analysé les publications disponibles et interrogé trois chefs d’intervention de corps de sapeurs-pompiers professionnels municipaux.
Les voitures électriques prennent moins souvent feu que les voitures thermiques. Les études internationales et l’expérience acquise en Suisse le montrent clairement : rapportée au nombre de véhicules immatriculés, la fréquence des incendies est nettement plus faible. En Norvège, où les incendies de véhicules sont bien documentés, les voitures électriques représentent 37 % du parc automobile, mais moins de 10 % des véhicules incendiés.
Lorsqu’une voiture électrique prend feu, la batterie n’est d’ailleurs pas toujours à l’origine du sinistre. Les causes externes sont plus fréquentes que les défaillances internes de la batterie. Il peut notamment s’agir de la propagation d’un incendie provenant d’une installation électrique, d’un bâtiment ou d’un autre véhicule, d’un acte volontaire, d’une défaillance technique touchant un boîtier électronique, un relais ou l’électronique de puissance, ou encore d’une erreur d’utilisation.
En Suisse, aucune donnée fiable ne permet de comparer la fréquence des incendies de voitures électriques et thermiques en tenant compte de leur part respective dans le parc automobile. La Norvège dispose des données les plus complètes dans ce domaine. Le pays compte plus d’un million de voitures électriques et publie en ligne des statistiques détaillées sur les incendies de véhicules.
Les données disponibles couvrent la période allant de 2016 à juin 2026. En dix ans et demi, près de 13 000 incendies de véhicules ont été recensés, dont 519 impliquant des voitures électriques. En croisant ces chiffres avec les statistiques du parc automobile, il est possible de comparer la part des voitures électriques en circulation avec leur part dans les incendies.
Les trois entretiens menés auprès des pompiers professionnels aboutissent au même constat : les incendies de voitures électriques ne sont pas fondamentalement plus graves, mais les interventions sont souvent plus complexes et plus exigeantes sur le plan organisationnel que lors de nombreux incendies de véhicules thermiques. Les pompiers constatent également que les batteries lithium-ion prennent une place croissante parmi les causes d’incendie, bien au-delà du seul secteur automobile.
Fréquence
Les personnes interrogées soulignent que l’augmentation du nombre d’interventions est principalement liée à la croissance du parc de voitures électriques et non à un risque d’incendie plus élevé pour chaque véhicule. En dehors du secteur automobile, la multiplication des incendies impliquant des batteries constitue également un défi important. De tels incendies se produisent notamment dans les installations de traitement des déchets lorsque des batteries sont jetées avec les ordures ménagères au lieu d’être correctement recyclées.
Défis pour les pompiers
L’intervention devient particulièrement complexe lorsque la batterie haute tension est touchée. Les personnes interrogées citent notamment des incendies survenus dans des parkings, des ateliers ou des espaces fermés. Dans ces situations, les difficultés ne concernent pas seulement l’extinction du feu, mais aussi la surveillance prolongée du véhicule, le risque de réinflammation et toute la logistique nécessaire après l’intervention..
Agents extincteurs
Dans tous les entretiens, l’eau est citée comme principal agent extincteur. Elle sert avant tout à refroidir la batterie en feu plutôt qu’à l’éteindre directement. Elle permet également de limiter la propagation des flammes aux pneus, aux passages de roues, au compartiment moteur et à l’habitacle.
Les pompiers utilisent aussi des caméras thermiques et, selon la situation, des lances d’extinction spéciales ainsi que des bacs ou des conteneurs destinés à la mise en sécurité ultérieure du véhicule. Ces moyens techniques doivent être choisis en fonction des circonstances. Des couvertures anti-feu peuvent également être utilisées pour contenir l’incendie et éviter sa propagation, mais elles ne permettent pas d’éteindre la batterie..
Risques supplémentaires
Les fumées toxiques, susceptibles de contenir notamment de l’acide fluorhydrique, présentent un danger particulier. Leur composition dépend fortement du type de batterie, de l’évolution de l’incendie et des conditions environnantes. La difficulté à refroidir la batterie et le risque de réinflammation après l’extinction constituent d’autres défis importants. Ces risques nécessitent des équipements de protection adaptés, l’utilisation d’appareils de mesure, le respect des procédures relatives aux substances dangereuses et une surveillance rigoureuse après l’intervention.
Les recommandations du TCS concernant le comportement à adopter en cas d’incendie de véhicule s’appliquent également aux conductrices et conducteurs de voitures électriques. La priorité est donnée à la protection personnelle, à l’alerte des secours et à l’éloignement rapide du véhicule. N’essayez pas de maîtriser vous-même un incendie déjà avancé !
Pour les voitures électriques, il est également important de prendre au sérieux la fumée blanche et le risque de reprise du feu. Lors des entretiens, les pompiers recommandent clairement de ne pas sous-estimer ce type d’incendie et de ne pas tenter de l’éteindre soi-même avec des moyens improvisés.
