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03.12.2020

La saison froide sur fond de pandémie

A l’instar de Glacier 3000, les domaines skiables vivent une saison froide inhabituelle et parsemée d’incertitudes. A tout moment, le gouvernement suisse pourrait stopper net les installations de remontées mécaniques. Notre enquête.
03 décembre 2020

L’appel a été lancé en octobre parle truchement de la campagne «Tous en piste!»: la saison de ski débutera comme prévu malgré la pandémie, expliquent les Remontées Mécaniques Suisses, en collaboration avec Swiss Snowsports, la compagnie aérienne Swiss et plus de 50 entreprises de remontées mécaniques et stations de sport d’hiver suisses. Un message d’espoir qui a reçu un bon écho début octobre jusqu’à la flambée des cas de Coronavirus deux semaines plus tard. «Tout le monde veut aller à la neige, explique Berno Stoffel, directeur des Remontées Mécaniques Suisses (RMS), à la fin du mois d’octobre. Mais la situation a changé et il faut désormais tout faire pour garantir la saison.»

A cette fin, RMS a mis sur pied un plan de protection strict, qui a même été validé par l’Office fédéral de la santé publique. Avec son paquet de mesures destinées aux stations de ski, Berno Stoffel dit aller plus loin que le Conseil fédéral: «Le port du masque ou tour de cou doté d’une protection est obligatoire sur toutes les installations, que ce soit sur les télésièges, tapis roulants ou dans les files d’attente.» En outre, RMS échange régulièrement avec les domaines skiables sur les problèmes et expériences rencontrées, car la plupart des stations entament un hiver inhabituel après une saison estivale mitigée.

Une clientèle de tout le pays

L’été dernier a profité à certaines stations qui misent davantage sur la clientèle nationale, celles qui ciblent des touristes internationaux ont en revanche vu leur chiffre d’affaires fondre. Fin septembre, la branche enregistrait d’ailleurs une baisse de fréquentation de 18% par rapport à l’été 2019. «Les régions de la Suisse centrale et de l’Oberland bernois ont accusé un gros choc (–50%) en raison de l’absence de clientèle étrangère», explique Berno Stoffel. En comparaison, Arosa a connu une croissance considérable cet été. Un record, selon le directeur de RMS.

De son côté, Glacier 3000 a vu sa clientèle chuter de 25% de juillet à octobre par rapport à l’année précédente. Le domaine a ouvert ses portes tous les jours depuis la fin du confinement en juin dernier. «Etant donné qu’environ 40% de notre clientèle est internationale, nous avons été surpris en bien», explique Bernhard Tschannen, directeur de Glacier 3000. Il a vécu une saison chaude très intéressante en accueillant des Suisses de tout le pays. Depuis le 28 septembre, grâce aux chutes de neige conséquentes, le ski est à nouveau possible sur le glacier alors que la saison aurait dû débuter en novembre. «Nous souhaitions envoyer un signal positif en ouvrant les pistes», souligne-t-il.

Sur le glacier, outre le port du masque obligatoire pour les collaborateurs et les clients dans les endroits dédiés, le transport en téléphérique est limité sur une base volontaire à 80 personnes (contre 125 auparavant) et les fenêtres restent ouvertes durant le trajet de 7 minutes. «Notre clientèle doit se sentir à l’aise et en sécurité. Raison pour laquelle nous ne cassons pas les prix afin de ne pas attirer davantage de monde.» Une stratégie également privilégiée par RMS.

Uniformisation nécessaire

Bien acceptées, les mesures ont pu être éprouvées durant l’été, mais certains points restent problématiques. Dans le canton de Vaud, l’application SocialPass permet de s’enregistrer à son arrivée et à sa sortie des restaurants (fermés sur Vaud min. jusqu’au 30.11). «Etant donné que nous sommes à cheval sur les cantons de Berne, Vaud et Valais, certains clients ne connaissent pas l’application», explique Bernhard Tschannen, qui souhaiterait un système uniformisé pour toute la Suisse. Selon lui, il est nécessaire d’informer régulièrement la clientèle dans les files d’attente afin de leur rappeler les mesures sanitaires, telles que le port du masque et la distanciation. «Les skis permettent déjà un certain espacement, mais cela ne suffit pas», ajoute-t-il.

La gestion du personnel représente également un défi sur le glacier. Alors que certains travailleurs français sont sortis fin octobre d’une quarantaine planifiée, les autres peuvent directement se mettre à l’œuvre après l’actualisation de la liste des pays à risque par la Suisse. En cas de covoiturage, les collaborateurs sont tenus de porter un masque et doivent absolument maintenir les distances durant leurs pauses. «Nous devons rester stricts envers nous-mêmes», indique Bernhard Tschannen.

En mal de touristes étrangers

A la question de savoir si le manque de clientèle étrangère sera compensé par les touristes suisses, Berno Stoffel de RMS, explique que les 10 plus grandes stations d’hiver accueillent une clientèle constituée à 42% d’étrangers. Sans les marchés asiatique et américain, la saison sera difficile et à nouveau, les Suisses ne compenseront pas ce manque. En revanche, les petits domaines ou ceux de taille moyenne avec une clientèle pendulaire seront moins touchés, selon le directeur de RMS. Et pour motiver quelque peu les troupes, il insiste sur le fait que les sorties à la neige seront bien plus confortables cette saison: «En l’absence de clientèle étrangère, il y aura plus de place sur les pistes cet hiver.»

Scénario catastrophe

Et si les domaines skiables devaient fermer cet hiver?

Et si les domaines skiables devaient fermer cet hiver?

Selon l’évolution de la pandémie en Suisse, il est possible que le Conseil fédéral ferme totalement les stations de ski cet hiver, une interdiction qui peut aussi être décrétée au niveau cantonal. Les domaines skiables doivent s’attendre à toutes les éventualités. «Je ne pense pas qu’un tel scénario soit envisageable, déclare Berno Stoffel, directeur de Remontées Mécaniques Suisses. Les conséquences pour la branche touristique suisse seraient considérables et le Conseiller fédéral Alain Berset, que j’ai rencontré mi-octobre, en est conscient.»

L’hiver, la saison décisive

Économiquement, l’hiver est décisif pour les transports à câbles suisses. Les remontées mécaniques génèrent env. 73% de leurs recettes annuelles durant cette période, voire 90% pour certaines. A cet égard, Glacier 3000 et Moléson font figure d’exception avec 54% resp. 70% des revenus générés en été (année 2018). «Mais tout dépendrait de la durée et de la période de fermeture, tempère Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme. Les vacances de Noël, de même que les mois de février et mars (vacances scolaires) sont déterminants pour la saison d’hiver.»

Déjà en mars dernier, lors de l’interruption prématurée de la saison, la branche des remontées a subi un manque à gagner de plus de 300 millions de francs, ce alors même que la saison avait bien débuté avec une fréquentation dépassant de 10% la moyenne quinquennale (fin février). «De même, l’hôtellerie a essuyé un recul des nuitées de 23,9% par rapport à 2018/19», indique Véronique Kanel. Selon Berno Stoffel, la fermeture des installations avait directement été suivie par un exode des vacanciers coupant les régions montagnardes de moyens financiers issus du tourisme.

D’après le directeur de RMS, une baisse des revenus supérieure à 30% serait très délicate pour la plupart des stations et menacerait un tiers d’entre elles. Et c’est moins la taille des domaines skiables qui importe, mais bien l’état de leur bilan comptable. Des sociétés possédant
beaucoup de dettes et ayant effectué de nombreux investissements seront notamment sur la sellette. «Tout est une question de liquidités», résume Berno Stoffel. Au printemps, les crédits octroyés dans le cadre du Covid-19 ont beaucoup aidé la branche, mais ceux-ci ne suffiront pas si le couperet de la fermeture devait condamner la saison.

Deux conséquences pour les stations de ski découleraient de cette décision: «Il faudrait trouver de l’argent pour survivre à court terme et stopper net les investissements.» Or, un retard a déjà été pris sur le renouvellement des installations suite à la crise de l’euro en 2015 et la branche des remontées était justement à nouveau en bonne voie.

Projections pour la saison

«Nous avons fait des projections en-dessous de la moyenne. Les aléas météorologiques et l’absence de groupes internationaux cet hiver jouent aussi un rôle important», explique Bernhard Tschannen qui s’attend à une reprise dans 2 à 3 années, sauf si un vaccin arrivait avant. «Nous faisons notre possible pour respecter les mesures et éviter une fermeture. Dans pareil cas, il serait primordial de réduire les coûts et de trouver de nouvelles sources de revenus pour l’après-Covid», indique le directeur de Glacier 3000. Une stratégie de diversification qui a payé au Moléson, station misant davantage sur l’été.

«Toutefois, nos charges sont plus importantes en hiver – révisions des dameuses, personnel exclusivement hivernal, etc. –, nous serions en danger en cas de fermeture totale. Mais je ne pense pas que tout l’hiver soit confiné», explique Antoine Micheloud, directeur des remontées du Moléson.

Abonnements vendus

Et qu’adviendra-t-il des abonnements en cas de fermeture? Dans la majorité des domaines, l’abonnement sera remboursé au prorata des jours de fermeture liés au Coronavirus. «Cette sécurité est un aspect essentiel pour la clientèle», indique Véronique Kanel. Malgré tout, Berno Stoffel note déjà fin octobre, une baisse de 20 à 25% des ventes d’abonnement pour cette saison.

Texte: Aline Beaud
Photos: Léandre Duggan, Adobe Stock, Hä?

L’importance des remontées mécaniques suisses:

73%
C’est le pourcentage du chiffre d’affaires généré en hiver pour le transport de personnes.

16027
Le nombre de collaborateurs de la branche des remontées mécaniques en Suisse.

2459
Le nombre d’installations de remontées
mécaniques suisses au bénéfice d’une
concession fédérale ou d’une autorisation cantonale. (Etat, fin 2018)

1,39 mia
Le chiffre d’affaires généré par la
branche durant l’hiver 2017/18 et l’été
2018. En tout, le produit du transport de personnes en hiver s’élève à 728 millions et celui de l’été à 269 millions. La restauration et l’hôtellerie engrangent 268 millions et 127 mio. sont issus d’autres produits.

250 000 fr.
C’est le coût d’exploitation d’une journée dans un grand domaine skiable (plus de 25 mio. de chiffre d’affaires). Ce coût s’élève à 66 600 fr. dans une station de taille moyenne (entre 5 et 25 mios de chiffre d’affaires). A titre comparatif, l’exploitation journalière du Zoo de Zurich se monte à   76 000 fr.

1 personne sur 4
Dans les régions montagnardes, une personne sur 4 travaille directement ou indirectement pour le tourisme.

Source: Remontées Mécaniques Suisses, 2019.

Tour de cou avec protection intégrée de la marque Hä?

Le produit phare de cet hiver
Le tour de cou avec masque intégré fera sans doute sensation cet hiver, que ce soit sur les pistes ou en dehors. En Valais, l’entreprise hä? commercialise des produits testés en laboratoire et conformes aux recommandations de la Swiss National Covid-19 Science Task Force. Tendance et lavable, cet accessoire 2.0 allie l’utile à l’agréable pour la saison de ski 2020/2021. A noter qu’il peut également être porté dans les transports en commun et partout où le masque est obligatoire. Une seule question demeure, comment va-t-on distinguer ce tour de cou avec protection sanitaire d’un autre?
Divers modèles, 39 fr. 90, ha-wear.com

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