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Trafic transfrontalier : à l'ouest du nouveau

Une démarche concertée entre représentants politiques français et suisses portera-t-elle de bons fruits ? On veut l’espérer ! On n’apprendra rien à personne en affirmant que, parmi les encombrements routiers assez denses et permanents pour poser de réels problèmes à Genève (sécurité, santé, retards, tensions diverses...), le trafic transfrontalier est un des facteurs les plus aigus. Une tentative d’améliorer la situation est en cours par-dessus la frontière, qui pourrait inspirer une politique plus large.

08 juin 2018
trafic transfrontalier

LE CONSTAT ET L’ACCORD
Dans notre édition de novembre 2016, nous avions esquissé l’ampleur du problème affectant en particulier les communes du sud-ouest du canton. L’agglomération franco-valdo-genevoise (ose-t-on encore parler du Grand Genève dans ce contexte?) a connu un rythme de croissance économique et démographique parmi les plus élevés d’Europe. Un récent communiqué de presse officiel fait état de près de 600 000 (!) passages quotidiens aux frontières avec la France et le canton de Vaud et, avec la saturation des axes principaux, ce trafic se reporte largement sur le réseau secondaire. Cette augmentation très sensible des flux du matin et reflux du soir, jointe à l’inertie cantonale dans la création de voies d’évitement, a progressivement asphyxié les villages de Soral, Chancy, Perly-Certoux et, dans une moindre mesure, Sézegnin (Avusy). 

Le ras-le-bol avait engendré un projet de modification à l’essai des horaires de fermeture de ces petites douanes, qui auraient passé de        22 h. - 6 h. à 22 h. (voire 24 h.) - 8 h. 30. Autant dire un report de tout le trafic matinal sur la douane de Bardonnex, déjà saturée (voir ci-après). Le Conseil d’Etat s’était dit prêt à tenter l’expérience pour une année. Il est cependant revenu en arrière sous la pression des autorités françaises et l’ouvrage a été remis sur le métier.

Après de nombreuses réunions plus ou moins tendues sous la houlette du Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture alors dirigé par le conseiller d’Etat Luc Barthassat, une démarche concertée a été traduite dans une «lettre d’intention», signée le 23 janvier 2018. Elle définit diverses actions à mener pour parvenir à terme à une très sensible diminution du trafic pendulaire du matin et du soir, soit une réduction de 10% d’ici à mars 2019 et de 20% à fin 2019. Pour l’avenir un peu plus lointain, c’est une diminution de pas moins de 50% qui est visée trois ans après la mise en service du Léman-Express. À chaque étape prévue, un comité technique évaluera les résultats obtenus et émettra des préavis à l’intention des autorités politiques.

LES ACTIONS PRÉVUES
Les mesures-tests qui vont être mises en œuvre dans le cadre de la lettre d’intention sont de divers ordres, dont l’avenir... et surtout les comptages diront si elles ont été efficaces. Elles sont évidemment assorties des engagements financiers respectifs des parties concernées. En cas de succès, elles seront pérennisées.

Covoiturage
Le Pôle métropolitain du Genevois français et le canton de Genève s’engagent d’une part à expérimenter et accompagner financièrement (sous réserve des approbations budgétaires respectives) de nouvelles solutions en matière de covoiturage domicile/travail. À cette fin, des partenariats avec des opérateurs de covoiturage devraient permettre de développer des lignes virtuelles sur plusieurs axes convergents vers le canton. Les deux parties s’engagent d’autre part à susciter des discussions avec leurs autorités nationale et fédérale respectives pour obtenir les bases légales permettant de mener des tests de voies réservées au covoiturage aux douanes de Bardonnex et de Thônex-Vallard. Des parkings d’échange devraient compléter le dispositif. Par parenthèse, en ce qui concerne la plateforme de Bardonnex, il n’est pas besoin d’être un grand stratège pour estimer que la situation pourrait être sensiblement améliorée par quelques aménagements côté suisse... et surtout côté français !

Transports publics
Dans ce domaine, il s’agit d’une part d’améliorer la vitesse commerciale des véhicules et d’expérimenter d’autre part de nouvelles lignes. L’amélioration de la vitesse concerne plus particulièrement la ligne D entre la gare de St-Julien et le centre de Genève, dont la fréquence sera en outre doublée. Une étude doit être menée pour déterminer le tracé et les conditions de mise en service d’une nouvelle ligne transfrontalière entre Viry, Soral et Bernex. Dans un deuxième temps, cette ligne pourrait être prolongée côté français. Enfin, une autre étude se penchera sur une possible nouvelle ligne de bus transfrontalière entre Archamps/Collonge et le Bachet.

Aménagements routiers et régulation
Le nouveau diffuseur de Viry et son impact sur des villages déjà envahis par l’augmentation des flux font figure d’épouvantail. Selon la lettre d’intention, les parties partagent la volonté que sa mise en service n’engendre pas d’impact négatif sur la qualité de vie des habitants de ces villages. «Dans le cas contraire, des mesures d’accompagnement seront mise en œuvre». Par exemple? À quelque chose malheur est bon: le canton de Genève s’engage à financer des études d’opportunité et de faisabilité visant des voies de contournement de Soral et de Chancy... dont, soit dit en passant, on parle depuis plusieurs dizaines d’années! Si les objectifs de réduction du trafic visés à fin 2019 devaient ne pas être atteints, une mesure d’une durée maximale de six mois pourrait limiter les passages douaniers aux heures de pointe du matin, soit de 6 h. à 8 h. 30, aux seuls co-voitureurs, bus et deux-roues, parallèlement à la poursuite des autres mesures expérimentales. À ce chapitre encore, un libellé peut susciter quelque perplexité. On lit ainsi que «les autorités compétentes, de part et d’autre de la frontière, s’engagent à prendre toutes les mesures nécessaires visant à modérer et réguler le trafic motorisé dans le périmètre concerné par la présente lettre d’intention». Quant à parler d’intention, il serait intéressant de savoir, du côté genevois en particulier, ce que sont plus précisément «le périmètre concerné» et «les mesures nécessaires» en question...

MESURES D’AVENIR ?
Dûment cadrées et soumises à l’aval politique, notamment sur le plan budgétaire, si elles devaient être pérennisées, les diverses mesures dont il est question ici sont intéressantes à un double titre. D’abord, parce que «ça ne peut plus durer comme ça», parce que des villages étouffent et que des axes sont tellement saturés qu’au-delà des nuisances en termes de sécurité, de santé et d’atteinte à l’environnement on commence à voir des crispations et des comportements induits qui, même s’ils ne sont pas tolérables, peuvent être compréhensibles. Ensuite parce que, si la démonstration devait être faite que de telles mesures d’incitation suffisent, l’espoir serait permis de voir un peu partout les conditions de déplacement entre domicile et lieu de travail modifiées en profondeur, avec pour conséquence la détente à laquelle on aspire. Des spécialistes de la circulation nous affirment que, lors de vacances scolaires, lorsqu’on peut avoir l’impression qu’il n’y a presque plus personne sur les routes, seuls un quart des véhicules en sont absents. À vérifier... en attendant que les voitures et les navettes autonomes amènent une autre dimension de régulation !

stats véhicules suisse france

HALTE AUX CRISPATIONS !

Avant de parvenir à ce relatif consensus que constitue l’élaboration d’une lettre d’intention commune, les discussions ont été souvent vives entre protagonistes plus ou moins crispés. Reflet d’un climat entre voisins que les questions de trafic n’ont fait qu’envenimer sur fond d’emploi, d’habitat et sans doute aussi, sûrement, d’un nationalisme réducteur exacerbé de part et d’autre de la frontière par des groupes politiques et des individus qui en font un argument électoral. C’est détestable et l’on aimerait entendre davantage d’acteurs qui oseraient, des deux côtés de la frontière également, prendre ouvertement le contre-pied, prôner systématiquement la concertation et la collaboration entre des collectivités aux destins parallèles sur bien des plans. Il est loin – c’était en 1973 – le temps où un Comité franco-valdo-genevois, la plus ancienne institution de coopération transfrontalière franco- suisse, avait été chargé de définir des stratégies concertées de développement de la grande région lémanique et de favoriser la réalisation de projets d’intérêt commun. Et il semble encore bien loin aussi ce Grand Genève visant peu ou prou les mêmes objectifs à une époque où il suffit d’avoir des plaques d’immatriculation différentes pour s’entendre traiter de tous les noms. Osons espérer que, dans ce climat aussi attristant que contre-productif, la petite «lettre d’intention» dont il est question ici trouvera une concrétisation qui sera une lueur sur laquelle des politiciens éclairés issus des dernières élections sauront capitaliser ! 

Didier Fleck

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