Avènement de la "voiture autonome" : peut-on s'en réjouir ?

Les divers moyens d’aide à la conduite existants, embarqués ou périphériques, couplés à la technologie GPS ont ouvert la voie à la voiture autonome, en gestation. Il y a sûrement plus d’avantages que d’inconvénients à en attendre, mais les obstacles de toute nature à sa mise en circulation sont encore nombreux.

Il y a une dizaine d’années on n’en entendait quasiment pas parler. Depuis moins d’un lustre elle est omniprésente dans l’information et le rythme s’est accéléré au gré des avancées chez la plupart des constructeurs. Des accents de scepticisme voire d’inquiétude dans le public et quelques déboires ne ralentiront pas le mouvement, largement accompagné par les Etats. La Confédération n’y échappe pas, qui a lancé à l’automne dernier une étude sur les modalités devant amener à autoriser la circulation de véhicules autonomes sur autoroute. Dans un premier temps. 

Un peu partout dans le monde

On le sait si on suit la question d’un peu près: les essais ont déjà commencé un peu partout, des États-Unis, où la Google Car est quasiment devenue un symbole de la voiture autonome, à la Chine, qui semble présenter un fort potentiel en la matière. Volvo, un des constructeurs européens les plus engagés dans le projet, envisage d’y lancer une expérimentation. En Europe, la Déclaration d’Amsterdam, portée par les vingt-huit ministres des transports, vise à créer un cadre législatif permettant de tester des véhicules sans conducteur sur la voie publique et la plupart des constructeurs sont sur les rangs. Et chez nous, alors que la première «voiture-robot», estampillée Swisscom et VW Passat, avait circulé en mai dans un quartier de Zurich, on a appris à fin juin que des essais associant CarPostal, l’EPFL, la HES Valais et l’Etat du Valais avaient démarré au centre de Sion, mettant en œuvre une petite navette sans chauffeur mais avec un accompagnateur. Un test qui a eu un fort retentissement à l’étranger et qui pourrait, malgré une récente touchette, déboucher sur une forme de transport à la demande sur des itinéraires particuliers.
En fait, partout dans le monde développé la collaboration entre les instituts de recherche, les constructeurs et les autorités nationales ouvre la voie à cette nouvelle manière de se déplacer et ce sont des millions de kilomètres qui ont déjà été parcourus par des véhicules sans chauffeur en phase de test. Croit-on réellement que tous ces milieux investiraient temps, argent et crédibilité s’il s’agissait d’une petite invention parmi des milliers d’autres appelées à tomber dans l’oubli après avoir mérité quelques lignes dans les revues spécialisées?

Comment ça roule ?

Au stade actuel, il faut évidemment faire la différence entre, d’une part, les dispositifs, de plus en plus nombreux et présents, qui encadrent et facilitent la conduite traditionnelle en visant à la sécuriser et, d’autre part, leur développement devant conduire à l’automatiser (voir l’encadré sur les degrés d’autonomisation).
Nombre de véhicules de la dernière génération dépassent déjà le stade de la fourniture d’informations utiles au pilote pour se substituer à lui, en particulier si les capteurs embarqués ou extérieurs perçoivent un comportement inadéquat. Après la voiture qui se gare toute seule lorsqu’elle en a reçu la consigne, celle qui «refuse» de franchir la ligne blanche continue et celle qui freine plus efficacement que le conducteur à l’approche d’un passage de sécurité, on parle aujourd’hui d’un véhicule qui devinerait les défaillances et les «émotions» de son pilote, son aptitude et ses intentions. Et pas dans un autre monde: c’est le thème de recherches menées par Nissan et l’EPFL! Plus utopique sinon relevant de la science-fiction, la puce qui, dans la tête du conducteur, donnerait des consignes au véhicule quant à la destination par exemple.

Les degrés d'autonomisation

Comme le relevait récemment la Tribune de Genève, les spécialistes distinguent cinq niveaux d’autonomisation. Au niveau 0, le conducteur assure le contrôle total du véhicule, ce qui correspond à ceux des années 80. Aux niveaux 1 et 2, certaines fonctions sont assistées, comme le freinage (ABS) ou, plus tard, le parcage, le maintien de la trajectoire ou l’alerte en cas d’assoupissement. Au niveau 3, il est possible de céder le pilotage à la technique embarquée, mais à certaines conditions: plusieurs constructeurs ont déjà atteint ce stade. Quant au niveau 4, volant et pédales ont disparu et l’autonomie est totale. Aucun véhicule n’en est encore là, mais on considère généralement que ce sera chose faite à l’horizon 2025.  

Avantages incontestables

Aussi étonnant que cela puisse paraître après un accident monté en épingle par certains commentateurs, la sécurité apparaît comme un des avantages majeurs d’un véhicule piloté par des capteurs et un ordinateur actionnant les dispositifs de conduite. Parce que si la technique n’est pas absolument infaillible, l’être humain l’est encore bien moins, en particulier au volant. Il suffit de lire les statistiques, avec leurs causes et leurs cortèges de drames et de coûts. Le plus souvent, c’est l’inattention ou une mauvaise appréciation de la situation qui en est la cause, sans parler des actes d’inconscience, de témérité voire de défi. Toutes déviances exclues par une machine correctement programmée et des balises de terrain ou embarquées, y compris dans les autres véhicules en interface permanente. Le monde de l’aviation a depuis longtemps mis en œuvre des dispositifs analogues.
L’encombrement sur les routes, autre fléau majeur de la mobilité actuelle et destiné à s’amplifier, peut lui aussi trouver un remède partiel si le pilote automatique, dûment averti de l’état du trafic et des obstacles éventuels, choisit systématiquement les itinéraires les plus judicieux… qui ne sont pas obligatoirement les plus courts.
A nos yeux de défenseur du libre choix du mode de transport, la voiture autonome peut ainsi perpétuer les avantages du transport individuel lorsqu’il s‘avère le plus performant. Même si cet argument ne trouvera sûrement pas grâce aux yeux des "anti-bagnoles" les plus dogmatiques.

Obstacles technico-juridiques

Une des principales questions qui se posent, dont découleront obligatoirement le régime des responsabilités et des autorisations, nous paraît être la suivante: la voiture autonome va-t-elle permettre à tous ses occupants de vaquer complètement à diverse occupations (travail, lecture, communication, jeux, conversation…) ou l’un d’entre eux devra-t-il obligatoirement être préposé à une attention permanente au trafic afin d’intervenir si besoin? A vues humaines, il paraît difficile sinon illusoire d’attendre d’un passager qu’il reprenne au quart de tour le contrôle du véhicule et effectue la manœuvre judicieuse dans une situation scabreuse, par exemple si un véhicule tiers piloté par un humain lui fonce dessus dans un trafic où se mêleraient des conducteurs en chair et en os et des robots.
A qui incomberait la responsabilité dans ce genre de situation, en cas de pépin malgré une programmation orthodoxe ou en cas d’accident dû à une panne?
Dans le même ordre d’idée, un automobiliste ayant été privée de son permis (pour raison d’âge ou à la suite d’infractions graves) serait-elle autorisée à utiliser une voiture autonome si cette personne doit rester à même d’en reprendre le contrôle?
D’autre part, le piratage de systèmes informatiques qui affecte régulièrement leurs utilisateurs amène inévitablement à craindre que des individus ou des groupes malintentionnés ne perturbent volontairement des dispositifs pour créer le chaos. Le drame du camion de Nice pourrait se reproduire en l’absence de tout conducteur! Une généralisation de la voiture autonome devra obligatoirement passer par des garanties à cet égard.

...et réticences psychologiques

Si le "plaisir de conduire" a été bien émoussé par les contraintes progressives de la circulation, la transition de la voiture classique à l'autonome pourrait être retardée par des réticences propres à chacune des générations.
Mais elles pourraient aussi voire surtout découler de ce que la Tribune de Genève appelait «les dilemmes morbides des véhicules sans pilote». A savoir certains paramètres de programmation pour faire face à des situations plus ou moins courantes. Et de prendre l’exemple du conducteur qui, au volant d’une voiture ordinaire, se trouve soudain en présence d’une dizaine de personnes qui se sont lancées sur la chaussée sans regarder. Même chevronné, le conducteur en question réagira de manière intuitive, sans véritable analyse de la situation, au risque de faire énormément de dégâts. La voiture autonome réagira, elle, en fonction de sa programmation, avec une analyse portant sur la manœuvre risquant de provoquer le moins de pertes humaines. Soit en privilégiant en l’occurrence le groupe au détriment des occupants des occupants de la voiture... Pas besoin de faire un dessin, n’est-ce pas?

Dans le sens de l'Histoire de la mobilité

Nous l’avons écrit plus haut: un malheureux accident ayant entraîné le décès d’un passager a été monté en épingle et a résonné chez certains commentateurs comme un coup d’arrêt aux travaux visant à terme une généralisation des voitures circulant sans conducteur. Dans un autre cas, un utilisateur avait dénoncé une manœuvre inappropriée du véhicule dans lequel il avait pris place. Ce n’est pas minimiser ces événements ni faire preuve de cynisme que de faire remarquer que, si l’histoire du transport – automobile, train, bateau, avion – avait dû s’arrêter au premier voire au millième accident, mortel ou non, le monde entier irait encore à pied.
La voiture autonome n’est sans doute pas encore sur ses rails définitifs, mais on peut gager que l’avenir de la mobilité lui fera une place de choix, en raison d’avantages incontestables. En commençant, répétons-le, par la sécurité, tant il est insupportable que cet impératif de mobilité reste aujourd’hui assorti d’autant de morts, de blessés et d’invalides que des guerres et des famines justement dénoncées.
Constatant que le robot dûment programmé est – statistiques à l’appui – plus sûr que le cerveau et les réflexes humains. On peut d’ailleurs se demander si, de ce fait, le jour est encore lointain où une loi précipitera la transition…

Bouleversements sociaux?

Ce qui est certain, c’est que l’avènement de la voiture autonome risque de bousculer bien des aspects de la vie actuelle. On peut imaginer une société où quasiment plus personne ne posséderait de voiture en propre. C’est le Mobility de demain, avec une forte réduction du nombre de véhicules sur le marché. J’ai besoin d’une auto pour une course quelconque, traversée de ville ou voyage? Je l’appelle sur la base d’une application, je lui donne mes instructions, elle me livre où je veux aller et, lorsque je la libère, elle va vers un autre utilisateur ou se garer dans un silo en attendant la prochaine sollicitation… Uber y voit déjà une manière de s’affranchir de ses chauffeurs. Et d’ajouter au nombre des chômeurs les victimes des machines et des robots qui n’auront plus qu’à espérer que l’activité de ceux-ci leur payera, via une taxe et les assurances sociales, un salaire et de quoi manger à la retraite? C’est sans doute là l’un des aspects les moins réjouissants de la question… comme de l’évolution de l’économie en général.  

Seniors gagnants ?

Les seniors désirant conserver voire retrouver une certaine mobilité individuelle pourraient compter parmi les grands bénéficiaires de l‘avènement de la voiture autonome. Sans même parler de ceux qui ont dû renoncer, volontairement ou non, à leur permis de conduire, nombre d’entre eux hésitent à conduire la nuit ou dans des zones inconnues d’eux, craignent de s’engager sur l’autoroute ou dans un parking souterrain, appréhendent un long déplacement… Ceux-là seront ravis le jour où ils pourront entrer dans une voiture et lui dire «Salut Titine, aujourd’hui on va à Lugano, direction le Museo d'arte della Svizzera italiana».
Utopie? Demain sûrement pas… mais peut-être un écueil. Car il n’est pas sûr que le véhicule s’accommode d’une instruction aussi simple. Pour l’heure, la programmation reste un peu plus complexe, alors que les seniors ne sont pas tous a priori des champions de cette discipline. Encore quelques années de patience?

Voiture autonome

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Micro-trottoir

Lorsque vous interpellez au hasard quelques personnes sur ce sujet entre route et trottoir, ça donne ceci…


Une maman qui vient de déposer sa petite fille devant l’école :
- Je ne confierais en tout cas jamais mon enfant à un tel véhicule. Même si c’est plus sûr? Dites que je ne sais pas conduire!

Un chauffeur de taxi :
- C’est pas pour demain, mais je ne me réjouis pas pour l’avenir de la profession.

Un livreur à côté de sa camionnette :
- J’ai pas le temps de parler de trucs débiles.

Un adolescent à l’arrêt des TPG devant un collège :
- Pourquoi pas, si ça peut éviter d’attendre le bus et d’éliminer les nuls du volant. Et les jeunes pourraient avoir une voiture plus tôt!

Un moniteur d’auto-école :
- C’est dans l’ordre des choses d’aujourd’hui: des robots et des chômeurs…

Petite histoire

C’est l’histoire d’un mec dont la voiture est tombée en panne sur une petite route de campagne, par une nuit d’encre et sous une pluie diluvienne, avec un soupçon de brouillard. La totale. Comme il n’a pas jugé bon d’adhérer au TCS, il a abandonné voiture et triangle au bord de la route et marche sous la pluie en espérant trouver un village, une maison, un automobiliste compatissant. Mais rien…

Il marche depuis plus d’une heure lorsqu’une vague lueur apparaît derrière lui. Une voiture arrive doucement, comme il convient avec un temps pareil. Il lève le bras et la voiture s’arrête à sa hauteur. Ouf! Sans se poser de questions, il ouvre la porte arrière, monte dans la voiture, ferme la porte, dit merci… et s’aperçoit avec stupeur qu'il n'y a personne à la place du conducteur.

Et la voiture redémarre doucement. On ne voit vraiment pas grand-chose, mais dans le faisceau diffus des phares, on devine quand même un virage serré à quelques mètres. Tremblant autant de peur que de froid, notre homme se met à prier. Et juste avant le virage, la porte du conducteur s'entrouvre et une main saisit le volant pour faire tourner la voiture.
Cette fois il commence à croire sérieusement au bon Dieu… mais cela n’apaise pas sa crainte, dans laquelle se mêle le risque de l’accident et l’incompréhension de ce phénomène surnaturel. Et à chaque virage la main revient guider la voiture...

La tempête redouble, mais il n’en peut plus et profite d’un ralentissement pour sauter hors du véhicule. Il court, court à perdre haleine et voit enfin les lumières d’un village, d’un café. Il entre, demande un double cognac et en tremblant toujours commence à raconter à la cantonade ce qui lui est arrivé.

Un moment plus tard arrivent deux gars encore plus détrempés que lui, l'air complètement exténué, qui s’installent au fond du café. Et l'un des deux dit à l'autre: «T’as vu, là-bas, c'est l’abruti qui est monté dans la voiture pendant qu'on la poussait!»
 

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