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Les encombrements routiers vont-ils s’étendre à l’eau et à l’air?

Un recours plus systématique à l’espace aérien est-il la solution à l’engorgement des transports terrestres ou cela ne ferait-il que déplacer le problème?

28 février 2018

Dans les années 60, le début de l’emballement de l’économie après la stagnation induite par les conflits mondiaux a entraîné rapidement de nouveaux besoins de mobilité et, dans la foulée, d’aménagements et de réglementations. Mais à Genève on roulait encore bien et stationnait itou jusqu’à l’arrivée des sens interdits, présélections, feux rouges et signaux stop à tous les coins de rue, zones 50, 40, 30, 20, parcomètres sans parler des interdictions diverses.

Puis sont venus, avec l’augmentation des besoins, les vrais encombrements et les gros risques, mesures et contraintes de plus en plus nombreuses à la clé. C’est resté à peu près «supportable» jusqu’à la fin du XXe siècle. Aujourd’hui, de l’avis quasi général, cela commence à ne plus l’être, du moins à certaines heures, et le moindre grain de sable — accident dans un tunnel d’autoroute ou tram bloqué à un carrefour par exemple — a des répercussions aux effets catastrophiques.

Face à cette évolution, dont cette revue se fait régulièrement l’écho, diverses mesures tendent et tendront à fluidifier la circulation en jouant essentiellement sur le volume et l’organisation

À témoin notamment l’essai qui va être tenté de réduire le trafic transfrontalier par la création de nouveaux parkings d’échange, l’amélioration de la desserte des transports publics, l’encouragement du covoiturage et l’on en passe, comme l’aménagement des horaires de travail voire d’école. Et peut-être, pour demain, des transports rendus plus rationnels par des véhicules autonomes capables de se charger de plusieurs missions successives au bénéfice d’utilisateurs différents. Mais tout cela fait partie d’une perspective presque classique dès lors qu’elle recourt à la voirie terrestre. Tout autre est celle de reporter sur l’air et sur l’eau une partie du trafic. Et de ses encombrements? Quelques indices pourraient le laisser supposer. 


Sur l'eau
Si les grands cours d’eau et les mers sont largement utilisés pour des transports de toute nature, nos lacs sont plutôt dévolus à la navigation de plaisance. Le Léman ne fait pas exception, hormis les navettes de la CGN permettant ici ou là un trafic transfrontalier qui décharge la route de quelques centaines de véhicules par jour. À Genève, la traversée du lac n’y changerait rien puisque, jusqu’à preuve du contraire, il s’agirait d’un pont ou d’un tunnel… et non d’un bac ou d’un «sous-marin» TPG (pourquoi pas, d’ailleurs?!). Mais voici que, comme nous l’apprenait la Tribune de Genève du 11 décembre, est née l’idée de mettre en service des bateaux-taxis électriques «volants» (canots à «foils»). Ambitieuse, SeaBubbles, une PME créée à Paris par des gens de la mer, s’apprêterait à s’installer dans des bureaux genevois.

Elle est à la recherche de fonds et de collaborations pour mener à bien un projet lémanique après une période de tests, actuellement en cours à Vidy. Ailleurs elle développe aussi des bateaux-navettes et… un modèle d’embarcation à pilotage autonome. Alors que les autorités françaises ont refusé à cette société la modeste aide financière de 200 000 € qu’elle sollicitait d’une agence gouvernementale au titre de crédit d’étude pour le transport fluvial, le Département genevois de l’environnement, des transports et de l’agriculture dirigé par Luc Barthassat a constitué un groupe de travail pour accompagner le projet. Aucune subvention, mais la volonté de «se donner les moyens de mesurer l’intérêt d’une telle innovation en matière de transport». À suivre, donc.

Dans l'air
Là, l’avenir s’avère nettement plus enchevêtré, voire problématique…
Florilège au travers de réalités du moment, de projets et de rêves plus ou moins cauchemardesques.
On le sait, l’évolution annoncée du nombre de passagers et donc de vols à l’aéroport de Cointrin ne manque pas d’inquiéter. Constitués en associations distinctes, riverains et communes (genevoises, vaudoises et françaises) font preuve de vigilance et parfois d’activisme.
Au travers du Plan sectoriel d’infrastructure aéronautique (PSIA), les autorités cantonales et fédérales se disent attentives et se veulent rassurantes, tablant sur des avions à la fois plus gros et moins bruyants. Reste le débat permanent relatif aux plages d’activité, avec en point de mire la tranche la plus délicate, entre 22-24 h.

Alors que le transport aérien «low cost» a fait exploser le nombre des vols, on a lu qu’après Zurich et Londres une société s’intéressait
à Genève avec un concept de forfait permettant de voler à gogo et de bénéficier de formalités moins longues et moins fastidieuses, et donc moins dissuasives, dans des terminaux privés. 

Attractive sans doute pour certains voyageurs, la formule ne manquerait pas d’ajouter quelques décollages et atterrissages à un environnement quasi saturé. Et voici qu’en réponse aux encombrements terrestres, des petits malins — et pas des moindres puisque Airbus et Italdesign sont en piste — développent un concept de voiture mixte, mi-roulante mi-volante, autonome évidemment et capable de changer de mode dans des stations ad hoc. Vous en voulez encore? On a appris en novembre qu’Uber, qui a déjà commandé à Volvo des milliers de voitures autonomes, fait désormais équipe avec la Nasa pour développer des taxis volants. Ces véhicules à décollage et atterrissage vertical devraient, selon un communiqué, être beaucoup plus silencieux, plus sûrs et plus respectueux de l’environnement qu’un hélicoptère. Et un trajet par la voie des airs ne coûterait guère plus qu’une course ordinaire

Tout cela a fait dire récemment au grand spécialiste qu’est Jörg Beckmann (vice-directeur du TCS, directeur de l’Académie de la mobilité et directeur de Swiss eMobility) qu’à la fin du siècle nous voyagerons sur des «autoroutes aériennes» (Coopération du 3 janvier). Mais l’encombrement futur du ciel ne s’arrête pas là. Les drones commencent à pulluler, qu’il s’agisse de jouets, d’auxiliaires pour l’agriculture, l’armée, la police ou autres formations dévolues à la sécurité. Quelque 100 000 Suisses en posséderaient déjà un, assez pour que le TCS décide, en collaboration avec la Fédération suisse des drones civils, de proposer des cours de pilotage de quatre niveaux, du débutant au professionnel. Bien utile sans doute quand on sait qu’en septembre dernier un de ces engins s’est trouvé sur la trajectoire d’un hélicoptère de la Rega, volant plus bas que d’habitude en raison du plafond nuageux, et qu’une catastrophe n’a été évitée que de justesse…

À titre d’anecdote, on terminera cet inventaire sans doute non exhaustif avec le projet réalisé par Elon Musk d’envoyer une Tesla rouge dans l’orbite de Mars, où elle pourrait rester «très longtemps». Jusqu’à ce que les premiers colons de la planète rouge n’aillent à leur tour encombrer son ciel? 

 
L'étage oublié
Revenons sur Terre et même à Genève pour se demander si, demain, notre ciel ne risque pas d’hériter des perturbations terrestres. Même si ces nouveaux engins seront parfaitement autonomes et ne nécessiteront pas des feux rouges et des policiers volants, leur multiplication nécessitera un nouvel échelon de régulation et de réglementation. Tout cela parce que, dans nos villes s’étendant au point de constituer bientôt de vastes agglomérations comme l’arc lémanique, on n’a pas été fichu de concevoir à temps un réseau de transport souterrain et extensible! On peut aimer ou non le métro parisien (par exemple), mais ceux qui le pratiquent même comme touristes savent qu’il les amène en un temps record à quelques minutes de n’importe quelle destination de la vaste capitale voire de ses environs.

Las! Notre propre sous-sol est littéralement truffé aujourd’hui de gaines, canalisations et dispositifs qui imposeraient de construire des tubes si profonds que les coûts en seraient décuplés. Sans compter que, faute d’avoir été commencée à temps et progressivement étendue comme partout ailleurs, la construction d’un réseau de métro prendrait des décennies.

Gouverner c’est prévoir, dit-on. Force est de constater qu’en matière de mobilité notamment on n’a pas prévu grand-chose et qu’à coups de palliatifs on ne prépare peut-être pas vraiment l’avenir!


Didier Fleck

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